Je te vois

Nouvelle contemporaine

 

 

Résumé et extrait :

« Les rêves sont parfois réels. Tu en doutes encore, mais cet air-ci te rappelle cette singulière expérience. Nos conversations nocturnes ne sont pas une illusion. Ton corps astral m’a déjà rejoint plusieurs fois. Souviens-t’en ! »


Parution :

Mars 2018 dans le recueil de nouvelles Sur le fil du Collectif Pulp Ink.


Version papier : Amazon

Version numérique (gratuite) : Amazon, Kobo, Fnac, Bookeen, Bookelis


Couverture du recueil :

 

Résumé :

En équilibre précaire, des personnages oscillent entre résignation et résilience.

Dans ce recueil, Pulp Ink, un collectif d’auteurs indépendants, tisse des histoires sur le fil de la vie, de la mort, fil d’Ariane ou de suture…
Bienvenue dans cet univers sur le fil du rasoir.

 

Sommaire :

Les pas de Louise – Nicolas Chevolleau

Balade dominicale – Florian Collonge

L’Apocalypse selon Marie – Bouffanges

Miss T – Fémi Peters

Un, deux, trois – Jeanne Sélène

Perpetuum Mobile – Jean-Christophe Heckers

Résurrection – Selma Bowinger

Je te vois – Iléana Métivier

 

***

 

Je t’entends écouter cette chanson. Chuchoter les paroles aux étoiles dans l’obscurité de ta chambre. Elles vibrent en toi, te lacèrent le cœur, comme tes souvenirs.

Je sais, je sens que tu penses à moi. Dès que tu es triste, notre lien s’active. Ce filet d’or nous relie de cœur à cœur depuis ce regard. Celui où tu m’as confié avoir adoré m’écouter jouer. Celui où je t’ai avoué n’avoir joué que pour toi, l’inconnue assise au bar, transcendée par les mélodies de ma guitare.

Le filament mordoré me picote, tes larmes chargées de tristesse y glissent jusqu’à m’éclabousser, jusqu’à ce que le sel tiraille une peau qui n’existe plus depuis longtemps. Peu importe où tu te trouves, je vole à toi en une fraction de seconde.

Tu mords tes lèvres pour ne pas éclater en sanglots, pour taire ta douleur. Tu t’effondres lentement le long de la fenêtre, gis au sol en te cramponnant à ton tee-shirt. Ton cœur va exploser de chagrin, arracher ta cage thoracique. Peut-être n’attends-tu que cela ? Je refuse que tu me rejoignes par ma faute. Tu as encore de magnifiques choses à vivre, si tu savais…

Te contempler si ravagée me déchire. J’aspire à recueillir tes perles salées d’une caresse du pouce sur tes joues rondes, couler mes bras au creux de tes reins, puis t’enlacer. Te sentir contre mon torse, enfouir mon visage dans tes cheveux et respirer ton odeur.

C’est ce qui me manque le plus. Les odeurs. Et le toucher, aussi. Te toucher.

J’ai essayé un nombre incalculable de fois. Te frôler. Agiter mes doigts devant tes yeux. Te murmurer les mots que je réservais pour une occasion spéciale, finalement envolés en même temps que moi. Mais je t’ai presque anéantie. Lorsque je me tiens trop près de toi, les volutes de ton énergie parfumée et entêtante entrent dans mon corps. C’est terriblement bon. Mais toi, tu deviens faible et tu pleures sans t’arrêter. J’ai vaguement perçu ta tentation de sauter ou de te laisser te noyer dans ton bain, et plus je m’éloignais, plus tu chassais ces sombres idées.

Tu caches ta bouche dans la manche au creux de ton coude. Tes gémissements se transforment en plaintes brèves et tourmentées. Mon absence laboure ton ventre, remonte ta gorge en une lame de souffrance, force le barrage de tes mâchoires crispées. Passe au travers du tissu à la trame lâche. J’aimerais te soulager. J’aimerais, mais les vagues de courage que je te transfère ne fonctionnent pas, aujourd’hui. Ta peine est un gouffre, résonnant avec le mien.

Une nouvelle mélodie s’enclenche. Tes larmes se tarissent un peu ; d’un revers de main, tu essuies tes paupières gonflées et ton nez dégoulinant. Notre connexion brille davantage. Tu penses à moi. Tes pensées s’envolent, me pénètrent comme la fumée d’un feu traversant mon enveloppe éthérée. Tu te dis que si je te voyais en train de te moucher dans ton sweat-shirt, je rirais bien.

Si je pouvais te consoler, oui. Mais provoquer autant de mal, t’observer dans cet état à cause d’un stupide accident ne me fait même pas sourire. Comment pourrais-je te l’expliquer ? J’ai beau lancer les mots vers toi, tu ne les captes plus. La frustration m’enserre, brûlante.

J’avise alors le MP3, approche les formes floues qui me servent de paumes. Les micro-impulsions d’énergie céleste le parcourent. J’ai court-circuité le mode « aléatoire » ! La chanson sur laquelle je t’ai dérobé notre premier baiser tourbillonne dans la pièce faiblement éclairée par les premiers rayons de lune. C’étaient également les notes de ton réveil. Tu l’as changé le jour où tu as gardé en mémoire les réminiscences de notre nuit commune.

Les rêves sont parfois réels. Tu en doutes encore, mais cet air-ci te rappelle cette singulière expérience. Nos conversations nocturnes ne sont pas une illusion. Ton corps astral m’a déjà rejoint plusieurs fois. Souviens-t’en !

Tu commences à aller mieux. Notre lien resplendit, ton aura s’agrandit. Je reste aux abords. Juste assez loin de toi pour ne pas happer ta force, mais assez près pour l’effleurer. Ainsi, je te transmets ce flux vital, celui qui nous relie jusqu’aux confins de l’univers. Pour toi, la sensation s’apparente à une éphémère dose d’anesthésiant. Petit à petit, alors que les notes de musique s’égrènent et que l’énergie circule, un très léger sourire, prêt à envahir tes prunelles vertes, rehausse le coin de ta bouche.

Notre fil reflète à l’infini les nuances de l’or. Je vacille sous la vague de bien-être. Tu viens de comprendre l’essentiel : toi et moi, nous avons profité de chaque seconde.

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Bilan – Mai 2018

  1. Gaëlle

    J’avais loupé cette sortie ! Je viens de le télécharger et je vais m’empresser de lire 🙂

    • Ileana

      Pas de souci ! On attend qu’Amazon s’aligne sur les prix avant de lancer réellement la promo de ce recueil. Malheureusement, ils sont plus long que d’habitude… -_- J’ai hâte d’avoir ton avis !

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